Dans l’épisode : Tu entends Jérémy Stravius raconter ses sœurs qui couraient de la douche au bassin pour ne pas être vues, et mon épée en frite qui a fait fuir une petite fille en pleurs.
« Je leur dis : si tu es en formation, c'est que nous on y croit. Donc arrête de ne pas y croire, sinon tu ne serais pas là. »Séverine Frein
Une chapelle à Amiens, une table, des micros. Autour, les éducateurs qui m'ont formé il y a quinze ans, Séverine Frein qui a coordonné ma formation, et Jérémy Stravius, champion olympique, champion du monde et champion d'Europe. Tous sont là pour la même raison : l'Apradis lance sa formation de maître-nageur, et ils en portent la première promotion.
Tu trouves ici ce qu'on apprend à un futur maître-nageur : partir de l'humain, lire chaque public, faire naître le plaisir par les petits progrès, gérer un groupe où personne n'a le même niveau. Et pour chaque point, ce que tu peux en faire dans ta propre séance, du côté du bassin où tu nages.
1. L'humain d'abord, la technique ensuite
L'Apradis est un centre de formation reconnu dans le social, avec plus de 3 000 étudiants et 1 000 intervenants. Sa ligne : mettre l'humain et la personnalisation au cœur de chaque parcours. La nouvelle formation de maître-nageur reprend cette ligne telle quelle.
Emmanuel Fernandez la résume en une phrase : mettre l'humain au centre, c'est mettre à distance les préoccupations techniques. Pas oublier la technique. Partir des besoins moteurs repérés dès le début de la prise en charge, plutôt que d'une liste de gestes à faire passer.
Pas de séance en mode robot. La table décrit l'entraîneur qui écrit tout au tableau, où tout le monde fait la même chose sans réfléchir. C'est exactement ce que la formation ne veut pas produire.
Se mettre à hauteur. Avec un enfant qui bloque, une éducatrice rappelle qu'on ne lui parle pas de haut. On se met à sa hauteur pour qu'il se sente à l'aise.
Un accompagnement jusqu'au bout. Jérémy Stravius raconte sa sœur, passée par une promotion de Séverine. Des difficultés dans sa vie perso, une équipe humaine à côté, et le diplôme au bout.
Pour toi, ça donne un repère. Un bon éducateur te demande d'où tu pars avant de te dire quoi faire. S'il commence par la technique sans jamais te regarder nager, tu peux choisir d'aller chercher ailleurs.
2. Ce que les stagiaires apprennent à l'Apradis
La formation se fait en alternance, entre les cours et le stage. Au programme, des cours sur les caractéristiques des publics, la physiologie, l'anatomie, la psychologie et les méthodes d'apprentissage. Comment fonctionne un enfant, un ado, un adulte, un senior.
Emmanuel Fernandez ajoute une distinction utile. Avec l'enfant, on entre par les capacités : respiration, équilibre, propulsion. On est dans le faire. Avec l'adulte, on entre davantage par le pourquoi.
Une boîte à outils personnelle. L'équipe partage ses propres outils, qui ont évolué depuis ses débuts. Chaque stagiaire construit les siens, et ils continueront de changer au fil de sa carrière.
Le handicap dans le spectre. Angélique Des For ajoute une catégorie à tous les âges : les personnes en situation de handicap, qui poussent l'éducateur à adapter encore plus.
Une fibre qui se développe. Pour l'équipe, la pédagogie se porte en soi. Elle se travaille aussi. Ça demande simplement plus de temps.
Côté nageur, prends cette distinction au sérieux. Adulte, tu as le droit de demander pourquoi tu fais un exercice. Comprendre le but t'aide à le faire bien.
3. Un enfant se construit, un adulte se déconstruit
L'observation commence avant l'eau. La façon de marcher autour du bassin. La posture. Et la douche, où plusieurs éducateurs disent voir tout de suite ce qui va se passer dans l'eau. Une astuce partagée à la table : quand un adulte se dit aquaphobe, on lui demande comment s'est passée la douche. Si la réponse est « tranquille », il n'est pas à l'aise dans l'eau, mais ce n'est pas encore de l'aquaphobie.
L'enfant construit son geste. L'adulte arrive avec un bagage : ce qu'il a vu à la télé, ses habitudes, un geste déjà automatisé. Jérémy Stravius l'a vu dans son groupe masters, avec un nageur venu du CrossFit, raide, persuadé que son geste était bon. Le changer prend du temps, parfois deux fois plus.
Teste-toi sous le jet. Reste quelques secondes la tête sous la douche, respire, dis une phrase. Si ça passe, ton point de départ est plus solide que tu ne le crois.
Un seul problème à la fois. Emmanuel Fernandez le disait en cours : la compétence d'un nageur se voit au nombre de problèmes fondamentaux qu'il traite en même temps. Choisis un point et garde-le jusqu'à ce qu'il se fasse sans y penser.
La respiration vient après. Beaucoup d'adultes veulent juste apprendre à respirer. Avant, il y a l'alignement et la flottaison. Si ta respiration coince, regarde d'abord de ce côté.
Ton corps comme instrument. Pour sortir du regard sur le corps, l'équipe porte l'attention sur la tête, les bras, les mains ou les hanches. Ton corps devient un outil qui s'organise dans l'eau.
Ce malaise lié au corps, l'équipe le voit grandir chez les ados, qui sortent des douches à petits pas, serrés dans leur serviette. Il touche aussi les adultes. Si tu te reconnais, tu n'es pas un cas à part.
4. Le plaisir naît des petits progrès
Emmanuel Fernandez a toujours la même image. Une personne est sûre de ne pas tenir 50 mètres. Elle s'accroche une fois à la ligne d'eau, deux fois, trois fois. On lui dit de se retourner : trente mètres derrière elle. Le plaisir arrive là, parce que quelqu'un l'aide à voir le chemin parcouru.
L'adulte a plus de mal avec ça, parce que la patience lui manque. Une éducatrice de la table le vit après trois semaines sans nager. Sa première victoire, c'est aller à l'eau et y revenir. Même si elle discute plus qu'elle ne nage.
Retourne-toi à chaque arrêt. Quand tu t'accroches en pleine longueur, regarde d'abord la distance faite, ensuite celle qui reste.
Trouve ton levier. Le défi pour certains, la beauté du geste pour d'autres, les sensations, un projet d'été en canoë, ou la mer avec les petits-enfants. Chacun avance avec le sien.
Note ce qui a marché. La table reconnaît qu'on corrige plus souvent qu'on ne félicite. Après ta séance, retiens une chose réussie pour la refaire la fois suivante.
Méfie-toi des délais promis. Savoir nager, c'est nager dans tous les milieux. Si on t'annonce que tu sauras nager en dix séances, l'équipe y voit plutôt un mauvais signe.
Dernier défi du métier, l'hétérogénéité. Dans un groupe débutant adulte, deux nageurs ne mettent pas la tête dans l'eau à côté de deux qui tiennent quelques mètres. Quand la dynamique prend, ils s'entraident et reviennent ensemble dans la semaine. Si tu as envie de revenir, l'éducateur a gagné son pari.
À ta prochaine séance, choisis un seul point, ton alignement par exemple, et ne travaille que lui. À chaque arrêt, retourne-toi pour regarder la distance faite. Ça a marché si tu sors en sachant ce que tu as réussi, avec l'envie de revenir.