ÉPISODE 242 • INTERVIEW

Apprendre à nager à 74 ans
sa première longueur, la tête dans l'eau

Avec Séverine Frein 57 min 12 août 2026
Séverine Frein au bord du bassin de la résidence où elle passe sa saison
L'invitée de cet épisode

Séverine Frein

Formatrice dans les métiers du sport, coordinatrice du BPJEPS AAN à Amiens, et la personne qui m'a formé. Elle dirige SF Compétences, sa structure de formation et d'orientation vers les métiers du sport. Cet été, elle est retournée au bord d'un bassin pour sa première saison de maître-nageuse, au pied du Mont Ventoux. C'est là qu'elle a rencontré Yvette.

Yvette a 74 ans. Elle venait à la piscine de sa résidence depuis des années, elle regardait ses petits-enfants dans l'eau, et elle restait au bord. Cet été, elle a fait sa longueur, la tête dans l'eau.

Entre les deux, il y a une question posée au bord d'un bassin, et quelques séances avec Séverine Frein.

Cette page ne raconte pas l'épisode, l'audio s'en charge. Elle prend ce que Séverine a construit avec Yvette et le remet dans l'ordre où ça sert, avec ce que tu peux en faire de ton côté.

1. La demande qui ouvre tout tient en une phrase

Yvette n'a pas pris de cours particuliers par une plateforme. Elle n'a pas cherché un club. Elle était assise dans les jets, à côté du bassin, elle a vu la maître-nageuse donner des cours à des enfants, et elle est allée lui demander si elle en donnait aussi aux adultes.

C'est le geste le plus dur et le plus court à la fois. Personne ne le décrit jamais, parce qu'il ne coûte rien et qu'il ne se voit pas.

Ce que tu peux faire de ton côté, si tu es dans ce cas : repérer le moment où le maître-nageur n'est pas seul en surveillance, attendre qu'il soit disponible, et poser la question sans expliquer ton parcours. Il n'a pas besoin de ton histoire pour te répondre. Il a besoin de savoir ce que tu veux.

2. Ce qu'un maître-nageur regarde avant de dire oui

Séverine ne se décide pas sur un âge. Elle se décide sur des comportements, et ils se voient en quelques minutes dans l'eau.

Est-ce que la personne accepte de mettre la tête sous l'eau et de souffler. Est-ce qu'elle accepte de quitter ses appuis au sol, ou est-ce qu'elle remet les pieds dès qu'elle sent le vide. Est-ce qu'elle a envie d'essayer ce qu'on lui propose, ou est-ce qu'elle attend que ça se passe.

Si tu veux préparer ce moment, tu peux te tester seul, là où tu as pied. Souffle sous l'eau jusqu'à ce que tes bras deviennent trop courts pour rester au fond. Allonge-toi sur le dos et regarde combien de temps ton corps tient sans que tu bouges. Ces deux observations disent beaucoup plus sur ton point de départ que le nombre de longueurs que tu sais faire.

3. La flottaison comme sortie de secours, pas comme exercice

Yvette a fait sa longueur pour une raison précise, et elle mérite d'être dite en entier. Au milieu du bassin, elle s'est essoufflée. Elle ne s'est pas arrêtée au bord et elle n'a pas paniqué. Elle s'est mise sur le dos, elle a repris sa respiration, puis elle a rebasculé sur le ventre et elle a terminé.

Ce n'est pas une technique de nage. C'est une porte de sortie. Le travail qui l'a rendue possible tient en deux choses : savoir que son corps flotte, et savoir passer du ventre au dos sans se débattre.

Tu peux installer ça sans aucun matériel, là où tu as pied. Allonge-toi sur le dos, laisse l'eau porter, puis bascule sur le ventre, puis reviens. Fais-le assez souvent pour que ça devienne une réaction et non une décision. Le jour où tu manques d'air au milieu d'une longueur, c'est cette réaction qui décide de la suite.

4. Ce qu'on ne dit plus aux enfants

Yvette a grandi près de l'eau, et on lui a dit qu'il y avait des monstres au fond. Trente ans plus tard, c'est ce qu'il a fallu défaire.

Séverine est nette là-dessus : la phrase qui fait peur reste. « Si tu vas dans l'eau sans brassards, tu vas te noyer » installe un danger que personne ne viendra retirer. Ce qui protège vraiment est dit autrement. L'eau peut être dangereuse, donc tu y vas avec un adulte. La règle est la même, la peur en moins.

Et si tu as des enfants ou des neveux autour de toi, tu peux commencer bien avant la piscine. L'eau sur le visage dans le bain, les bulles sous la douche, les brassards retirés dès que l'envie de bouger arrive. Ce sont les mêmes briques que celles qu'on remonte à 74 ans, quand elles n'ont pas été posées à quatre.

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