Dans l’épisode : Tu m'entends enregistrer en marchant, la veille de mon défi Metz-Nancy en solo, sans ma gourde, jusqu'au moment où mon réveil sonne en plein enregistrement.
« Dis-toi bien que ce soir, tu n'as rien à gagner. Mais par contre, tu as tout à préserver. »
Il te reste une soirée avant le départ. Et une petite voix te souffle que tu dois encore rattraper quelque chose : une dernière sortie, un dernier réglage, un dernier truc à tester. La veille ne change pas ton niveau. Elle peut seulement abîmer ce que tu as construit.
Que tu partes sur un triathlon, une nage en eau libre ou un swimrun, tes dernières 24 heures ont un seul but : arriver le jour J la tête vide de tout ce qui n'est pas ta course. Tu trouves ici comment trier ta liste, remplir ton assiette, préparer et fermer ton sac, puis traverser la soirée et la nuit sans te mettre la pression.
1. Sépare l'obligatoire du tant mieux
Pas de place pour l'optimisation à outrance. Des micro-ajustements, et c'est tout. Moi, la veille de courir 76 km en solo avec une voiture d'assistance, j'avais 22 semaines de prépa derrière moi. Une préparation aussi longue ne se refait pas en une soirée. Le vrai travail du jour, c'est réduire au maximum ta charge mentale du lendemain, pour que demain tu sois sur tes sensations et ta course.
Dès le matin, tu écris tout ce que tu as à faire. Sur un papier, sur un tableau blanc, peu importe. Puis tu tries en deux colonnes. Mon obligatoire à moi, c'était mes gels, mes boissons faites maison et la recharge de tout mon matériel électronique. Rien de pire qu'un témoin de batterie qui s'allume au bout d'une heure de course.
La colonne obligatoire reste courte. Les quelques lignes sans lesquelles tu ne pars pas. Tu les fais en premier, le matin, quand tu as encore toute ta tête.
La colonne tant mieux existe vraiment. Tu y mets des choses que tu acceptes de ne pas faire. Chez moi, c'était de mettre de côté de quoi me masser en route. Si ça ne se fait pas, ce n'est pas grave.
Tu t'autorises l'imparfait d'avance. Écrire une ligne qui peut sauter, c'est déjà te mettre dans l'état d'esprit que rien n'a besoin d'être parfait. C'est noté, ça arrivera quand ça arrivera.
Une fois la liste posée, tu peux relire ta prépa autrement. Ce que tu as travaillé, organisé, sacrifié, priorisé. Mon alimentation des dernières semaines n'était pas parfaite : un apéro en terrasse avec ma femme après une mauvaise journée, un resto avec ma mère venue pour le week-end. Si ça se ressent demain, je sais d'où ça vient. Ce n'est pas une faute, c'est un arbitrage. Et je suis content de l'avoir fait.
2. Une assiette sans aucune surprise
À moins de 24 heures d'une course, longue ou courte, intense ou pas, tu n'expérimentes plus. Pas de plat inconnu, pas de test du genre « tiens, je vais essayer ça ». Le jour J, ton ventre a déjà assez de travail avec l'effort.
Léger, digeste, salé. Tu restes sur des plats que tu connais et que tu digères bien. Ce que ton corps a déjà validé à l'entraînement.
Réparti sur la journée. Plusieurs prises plutôt qu'un gros repas d'un bloc. Tu arrives au soir sans te sentir lourd.
L'eau toujours à portée de main. Une gourde qui te suit partout, même pour une balade. Je suis parti marcher sans la mienne la veille, et la soif est arrivée bien avant le retour.
3. Tout préparer ce soir, puis fermer le sac
Ta liste devient ton sac. Tes affaires, ton plan, ton trajet, ton matériel : tu prépares tout maintenant, pas demain matin, quand ta tête sera prise par mille autres choses.
Tu vérifies deux, trois, quatre fois si tu veux. Et après la dernière vérification, tu fermes le sac, physiquement et mentalement. Tu as vérifié, tu te fais confiance, tu arrêtes d'y penser. Si tu doutes de toi le soir, tu tends ta checklist à un proche et tu le laisses cocher à ta place.
Combinaison, lunettes, bonnet posés ensemble. En eau libre ou en swimrun, tu sors tout ce qui se porte dans l'eau et tu le poses au même endroit, dans l'ordre où tu l'enfiles. Tu essaies tes lunettes et tu vérifies l'élastique et le bonnet ce soir, pas au bord de l'eau.
Un sac à part pour la sortie. Ce que tu veux retrouver en sortant de l'eau va dans un sac séparé, que tu n'ouvres pas avant. Tu sais où il est, tu n'as plus rien à chercher.
Un papier pour les questions de demain. Tu notes les distances entre les points d'assistance, les ravitaillements, tout ce que tu risques de te demander juste avant ou pendant la course. L'avoir sur toi rassure.
Des sachets numérotés si tu gères seul. Pour mon défi sans ravitaillement officiel, chaque arrêt avait son petit sac de congélation avec son numéro. Plus rien à décider en route.
4. Ta bulle et une nuit imparfaite
La prépa est faite, le sac est fermé, tu passes en mode course. Une petite marche, un peu de mobilité douce, c'est top. Mais tu ne vas pas tester tes jambes. Si elles sont prêtes, elles le restent. Si elles ne le sont pas, ce n'est pas ce soir qu'elles le deviendront.
Ensuite tu te mets dans ta bulle et tu éteins les écrans le plus tôt possible. Puis tu vas te coucher tôt, sans attendre une nuit parfaite, de la même façon que tu n'attendais pas une prépa parfaite. Le plus souvent, on se retourne, on pense à tout ce qu'on a fait, pas fait, aurait dû faire. C'est normal, c'est prévu. Ce n'est pas la nuit de la veille qui compte, ce sont celles des jours d'avant, parce que le sommeil se cumule.
Des notifications filtrées. Si ton téléphone reste à côté, tu gardes un mode nuit où seuls quelques numéros passent. Le message du pote qui raconte sa soirée sera aussi drôle le lendemain.
Allongé au calme, même éveillé. Une playlist douce, un bon livre, ta respiration. Tu te reposes même quand le sommeil tarde.
La visualisation, si elle te va. Ça dépend des gens. Moi, je la fais plutôt à l'entraînement, quand je suis dans le dur. À toi de trouver ton petit truc.
Avant ta prochaine grosse séance ou ta prochaine sortie en eau libre, fais la veille au soir ta liste en deux colonnes, prépare ton sac et ferme-le pour de bon. Le lendemain, tu vois que ça a marché si tu n'ouvres pas le sac le matin et que tu arrives au bord de l'eau la tête libre.