Dans l’épisode : Tu entends Lucas raconter sa première noyade en poste, à dix-sept ans, puis l'audition par les gendarmes qui isolent chaque sauveteur, et ce que sa fédération met en place pour eux ensuite.
« On veut toujours essayer de faire une nage codifiée, mais ce n'est pas la nage codifiée qui sauve. Ce qui sauve, c'est la flottaison. »Lucas Foehrle
Tu as appris le crawl, la brasse, peut-être les quatre nages. Tu enchaînes les longueurs sans t'arrêter. Mais rester sur le dos sans bouger, en zone profonde, beaucoup de nageurs adultes ne l'ont jamais essayé. Lucas Foehrle, directeur national de la Fédération nationale des métiers de la natation et du sport, le dit sans détour : ce n'est pas la nage codifiée qui sauve, c'est la flottaison.
À la fin de ta lecture, tu sais quelle brique de flottaison tu passes à ta prochaine séance et à quoi tu vois qu'elle est réussie. Si elle lâche, tu sais ce qu'elle t'apprend. Tu sais aussi reconnaître une noyade qui ne crie pas, et décider où te baigner hors d'une zone surveillée.
1. Quatre briques à vérifier, toujours accompagné
Lucas cite le test du savoir nager en sécurité. Le déplacement, tu l'as déjà, puisque tu nages. Il reste quatre briques que beaucoup de nageurs adultes n'ont jamais vérifiées : le saut et l'immersion, la flottaison, la verticale sur place, la sortie de l'eau.
Une règle vaut pour les quatre. Tu les passes dans un bassin surveillé, avec quelqu'un à côté de toi qui sait ce que tu testes. Tu préviens le maître-nageur avant de commencer.
Le saut et l'immersion. Tu sautes dans la zone profonde, là où c'est autorisé, ton accompagnant au bord. Tu te laisses descendre, puis tu remontes sans te jeter vers le mur. C'est réussi si tu refais surface et respires calmement, sans t'agripper au bord.
La flottaison sans un geste. Sur le dos, là où tu as pied pour commencer, tu relâches bras et jambes et tu arrêtes de battre. C'est réussi si ta bouche et ton nez restent hors de l'eau et si ton souffle reste calme.
La verticale sur place. En zone profonde, à un bras du bord, tu restes sur place sans toucher le fond ni la ligne d'eau. C'est réussi si ta bouche reste hors de l'eau et si tu respires sans te presser.
La sortie sans les marches. Tu sors à la force des bras en t'appuyant sur le bord, sous le regard du maître-nageur. C'est réussi si tu es dehors sans échelle et sans aide. Une berge ou un ponton n'a pas toujours de marches.
Une brique par séance suffit. Pour commencer, prends la flottaison sur le dos, avant ta première longueur, accompagné, là où tu as pied. Le signe que c'est gagné : ta bouche et ton nez restent hors de l'eau, ton souffle reste calme, et tu n'as fait aucun geste.
2. Quand une brique lâche, ce qu'elle t'apprend
Une brique qui lâche, ce n'est pas un défaut de nageur. C'est une étape que ton apprentissage a sautée, parce qu'on visait la nage avant le confort. Lucas porte une proposition, pas encore mise en œuvre, qu'il appelle le plan d'enseignement aquatique. Elle tient en trois piliers : prévenir les risques, être à l'aise dans l'eau, adopter les bons comportements. L'aisance passe avant la technique. Son but, former des citoyens de l'eau plutôt que des générations d'aquaphobes.
Les pistes qui suivent prolongent cette idée pour un nageur adulte. Elles se pratiquent toujours accompagné, en bassin surveillé.
Tu remontes en battant fort. Le saut ou l'immersion te met encore en tension. Une piste : des immersions là où tu as pied, en descendant un peu plus à chaque fois, ton accompagnant à côté.
Tes jambes coulent, tu te crispes. La flottaison devient ta priorité de travail. Une piste : la refaire en début de séance là où tu as pied, en relâchant une partie du corps à la fois.
Tu t'épuises à la verticale. Tu dépenses trop d'énergie pour rester en surface. Une piste : près du bord, une main prête à le saisir, chercher le plus petit geste qui garde ta bouche hors de l'eau.
Tu restes coincé au bord. Tu ne sais pas encore sortir sans échelle. Une piste : t'y exercer là où le bord est le plus bas, sous le regard du maître-nageur.
Rien ne t'oblige à arrêter tes longueurs. Tu peux garder ta séance habituelle et y ajouter quelques minutes pour la brique fragile, jusqu'au jour où elle ne te coûte plus d'effort.
3. Une noyade, ça ne crie pas
Oublie les bras levés et l'appel à l'aide d'Alerte à Malibu. Lucas décrit une noyade silencieuse, subtile, qui arrive très vite. Ces signes s'apprennent. Tu peux les guetter chez ton enfant, chez un proche, chez le nageur de la ligne d'à côté.
Le silence soudain. Un enfant qui jouait dans l'eau ne fait plus de bruit. Tu regardes tout de suite.
Les cheveux qu'on n'écarte plus. Ils tombent sur les yeux et la personne ne se recoiffe pas. Elle passe en mode survie. Tu gardes l'œil sur elle et tu te prépares à agir.
La tête qui bascule en arrière. La personne cherche de l'air. Le geste paraît anodin, il ne l'est pas.
La nage qui se dégrade. Elle n'avance plus. Elle recule avec le courant ou s'enfonce peu à peu. C'est le début d'une noyade.
Côté enfants, Lucas appelle les brassards une fausse sécurité. Avec la crème solaire, le plastique glisse. Quand l'enfant saute et lève les bras, les brassards partent. Brassards, gilet ou autre, sa consigne reste la même : tu gardes les yeux sur l'enfant et tu restes à portée de bras, pas sur ta serviette.
Il propose aussi aux parents de passer les gestes qui sauvent. C'est une formation de deux à trois heures, qui apprend par exemple la réanimation cardio-pulmonaire et la position latérale de sécurité.
4. Avant l'eau libre, une question et deux réflexes
Lucas distingue trois types de baignade. La baignade interdite par arrêté, et punissable. La baignade surveillée et aménagée, avec des professionnels en poste et du matériel. Et entre les deux, la baignade à tes risques et périls. Pour celle-là, il le dit lui-même : ce n'est ni noir ni blanc, c'est du gris. C'est ton jugement qui décide.
La question du bon parent. La jurisprudence parle d'agir en bon père de famille. Lucas la traduit ainsi : te demander si tu y ferais baigner ton enfant. Si la réponse est non, tu n'y vas pas non plus.
Jamais seul. Ce qui compte, c'est le temps avant l'arrivée des secours. En zone rurale, Lucas parle de vingt minutes et plus avant le premier véhicule. Accompagné, quelqu'un donne l'alerte tout de suite et peut te tendre une bouée.
Ni alcool ni stupéfiants. Comme au volant. Ils donnent l'impression d'être plus fort, et ils font perdre tes capacités physiques et ta lucidité. Si un ami a bu, tu l'empêches de partir en paddle.
C'est contre ces baignades sauvages que Lucas lance son idée de label Commune Baignade Surveillée, sur le modèle des panneaux Villes et Villages Fleuris. Il veut mettre en avant les communes qui aménagent et surveillent un site de baignade. En attendant, la zone entre les drapeaux jaune et rouge reste ton premier repère.
À ta prochaine séance, avant de nager, fais la flottaison sur le dos, accompagné, là où tu as pied. Tu relâches bras et jambes et tu arrêtes de battre. C'est réussi si ta bouche et ton nez restent hors de l'eau et si ton souffle reste calme, sans un geste.