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Épisode 249 • Interviews : Experts & Haut Niveau

Ne pas savoir nager
c'est un handicap social

Avec Cindy Le Falher 22 août 2026 66 min Interviews : Experts & Haut Niveau
Cindy Le Falher, Nageuse d'ultra-endurance, fondatrice de l'association Envie de Sens
L'invité de cet épisode

Cindy Le Falher

Nageuse d'ultra-endurance, fondatrice de l'association Envie de Sens

Depuis vingt ans, Cindy Le Falher utilise le sport pour lutter contre l'isolement relationnel et la mort sociale des personnes en situation de handicap. Ancienne enseignante en activité physique adaptée et maître nageuse, elle a fondé Envie de Sens. L'association met en lien des collaborateurs d'entreprise avec des personnes en situation de handicap et forme les structures médico-sociales aux activités autour de l'eau.

En ultra-endurance, elle a traversé la Manche en 18h24, sans combinaison, à sa deuxième tentative. Au moment de l'enregistrement, elle préparait la traversée du détroit de Gibraltar, toujours sans combinaison.

Dans l’épisode : Tu entends Cindy raconter Martine en entier, le moment où elle l'a redressée dans le bassin, et comment elle a construit l'équipe de sa traversée réussie de la Manche.

« Leur peur de l'eau, le fait de pas savoir nager, ça crée un handicap social. »Cindy Le Falher

Il fait quarante degrés. Tes amis partent sur un bateau, ou juste à la plage. Tu ne sais pas nager, alors tu restes. Cindy Le Falher appelle ça un handicap social, et elle sait de quoi elle parle : vingt ans qu'elle accompagne des personnes en situation de handicap dans l'eau et autour.

Son propos dépasse largement le handicap au sens administratif. Tu trouves ici ce qu'elle entend par là, une grille de questions à poser à une piscine ou à une plage avant d'y aller, et ce qui rend une sortie en eau libre vraiment plus sûre.

1. Quand l'eau te laisse sur le bord

Cindy part d'un constat simple. Beaucoup d'enfants sortent de l'école sans savoir nager, et ça donne des adultes qui ne savent pas nager. Personne ne leur a retiré une jambe ou la vue. Ils se retrouvent pourtant en situation de handicap face à l'élément, parce qu'on ne leur a pas appris, ou parce que la peur s'est installée.

Et elle élargit encore. Un très bon nageur de bassin peut se retrouver tétanisé en mer, incapable d'entrer dans l'eau. À l'inverse, d'autres se surestiment et partent loin sans rien connaître de l'endroit. Deux façons différentes d'être en difficulté.

Le problème n'est pas toi. Si tu ne sais pas nager, c'est un apprentissage qui t'a manqué. Ce n'est pas une incapacité, c'est un manque d'accès.

Bassin et mer, deux apprentissages. À l'aise en piscine ne veut pas dire à l'aise là où tu ne vois pas le fond et où tu n'as pas pied. Ta première sortie en mer, tu peux la traiter comme une découverte, pas comme une formalité.

Gare aux bouées des 300 mètres. Cindy voit chaque été des nageurs partir les chercher sans bouée de sécurité, sans regarder la météo ni les courants. Connaître l'endroit fait partie de la nage.

Le fil commun, c'est l'accès. Ce n'est pas ta valeur de nageur qui est en jeu, c'est la possibilité d'aller dans l'eau avec les autres.

2. Ce que l'eau a donné à Martine

Martine était polyhandicapée, en fauteuil électrique, sans communication verbale. Elle dirigeait son fauteuil en appuyant sur un contacteur avec sa mâchoire. Cindy l'a accompagnée en activité aquatique pendant cinq ou six ans, à peu près une fois toutes les deux semaines.

Un jour, Martine traverse le bassin de balnéothérapie, une dizaine de mètres, sans aucun matériel de flottaison, en bougeant seulement les pieds. Cindy la redresse et lui montre le trajet. Martine se met à pleurer. C'était la première fois de sa vie qu'elle se déplaçait seule.

Le matériel sert à entrer. Pour Cindy, le matériel de mise à l'eau n'est qu'un moyen d'arriver dans le bassin. Une fois dedans, le travail consiste à sortir le corps des sièges et des corsets dans lesquels il passe sa vie.

Compter en années. Le progrès de Martine s'est mesuré sur des années, pas sur une séance. Un progrès invisible d'une semaine à l'autre reste un progrès.

Regarder le chemin parcouru. Cindy a montré à Martine d'où elle était partie. Toi aussi, tu peux noter où tu en étais au début, pour voir ce que tu as gagné.

Les personnes accueillies dans sa première structure lui ont d'ailleurs donné son nom, En Vol. Dans l'eau, elles avaient l'impression d'être un oiseau, légères, le fauteuil laissé sur le bord.

3. Ne demande pas si c'est accessible

La question paraît claire. Elle ne l'est pas. Le mot accessible n'a pas la même définition pour tout le monde, et Cindy avoue avoir répondu oui elle-même autrefois parce qu'il y avait une rampe et un fauteuil de mise à l'eau. Ce qu'elle propose à la place : dérouler le trajet du baigneur et poser une question précise à chaque étape.

Du parking à l'entrée. Demande s'il y a une place réservée près de l'entrée, même si la loi l'impose déjà presque partout.

Se repérer sans voir. Pour une personne aveugle ou malvoyante : audioguide, bandes au sol jusqu'au bord du bassin, balises sonores. Peu de piscines en ont.

Vestiaires, douches, pédiluve. Un vestiaire assez grand pour un fauteuil, une douche accessible, et un pédiluve sans margelle. Avec une margelle, la personne en fauteuil ne passe plus seule.

Le matériel et les mains. Demande qui, dans l'équipe présente ce jour-là, sait utiliser le matériel de mise à l'eau. Beaucoup d'établissements en ont acheté dans l'urgence après la loi de 2005, et il dort dans un coin.

Sur une plage, même logique. Demande si le tapis va jusqu'à l'eau ou s'il s'arrête dans le sable, à dix ou vingt mètres du bord. Demande aussi si quelqu'un est là pour accueillir, parce qu'un aidant seul ne tire pas un matériel lourd sur le sable.

Le piège, Cindy le nomme : une personne qui n'a jamais rencontré de pédiluve avec margelle ne pensera pas à poser la question. Alors déroule le trajet dans ta tête, étape par étape, comme si tu y étais déjà.

4. Ce qu'il y a dans sa bouée

Cindy s'entraîne presque toujours seule en mer, tôt le matin, avant l'arrivée des surveillants. Sans sa bouée de sécurité, elle ne part pas, ou elle reste entre deux digues, là où elle a pied. C'est sa réponse quand on lui demande le plus petit pas contre la noyade : acheter une bouée de sécurité.

Le téléphone en pochette étanche. Au fond de la bouée, pour appeler les secours si quelque chose tourne mal.

De quoi te ravitailler. Une petite hypoglycémie arrive vite sur une longue sortie. Elle emporte toujours de quoi la couvrir.

Quelqu'un qui voit où tu es. Ses enfants ont sa localisation en direct. Si le point reste immobile au milieu de l'eau depuis six heures, ils savent qu'il s'est passé quelque chose.

Regarder avant de partir. Météo, courants, état de la mer. La houle se lève sans prévenir, et une crampe ou un malaise aussi.

La bouée protège, elle ne supprime pas le danger. Cindy le dit sans détour : face à un arrêt cardiaque, à cette heure-là, personne ne viendrait la chercher. Ce qui protège, c'est la bouée, plus le fait que quelqu'un sache où tu es.

À ta prochaine séance
Ta prochaine sortie en eau libre, bouée équipée

Avant de partir, glisse ton téléphone dans une pochette étanche au fond de ta bouée, et partage ta position en direct avec une personne qui connaît ton heure de retour prévue. Regarde la météo et les courants du jour. Ça a marché si cette personne peut dire, sans t'appeler, où tu es et depuis quand.

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