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ÉPISODE 260 • INTERVIEWS : EXPERTS & PROFESSIONNELS

Le BNSSA laisse la place au SSA
ce qui change au bord de ton bassin

Avec Jean-François Druon 4 novembre 2026 58 min Parlons d'eau n°2
Jean-François Druon, dirigeant de Performeo
L'invité de cet épisode

Jean-François Druon

Dirigeant de Performeo, ancien directeur de centre aquatique. Il a créé Performeo en 2016 : un organisme de formation aux métiers du sport, notamment maître-nageur et coach sportif, qui accompagne aussi les collectivités dans la gestion de leurs centres aquatiques.

Performeo travaille avec le digital depuis 2020. Cette année, sa première session de futurs maîtres-nageurs formés en partie à distance a été suivie de près par la DRAJES des Hauts-de-France.

« Les gens regardent le maître-nageur au bord de la piscine en se disant : le pauvre, il doit s'ennuyer sur sa chaise à longueur de journée. »

Jean-François Druon connaît ce regard. Il sait aussi tout ce qui se passe avant qu'un surveillant s'assoie sur cette chaise. Il y a un maître-nageur au bord, donc tu nages tranquille. Mais depuis le 1er octobre, son diplôme change.

Cette page ne raconte pas l'épisode, l'audio s'en charge. Elle rassemble ce qu'il y a derrière ton bassin, pour que tu saches qui veille sur ta ligne d'eau et ce qui est en train de bouger pour eux. Pour être transparent : depuis la rentrée, je suis formateur de maîtres-nageurs chez Performeo, l'organisme que dirige Jean-François. Le même direct a donné l'épisode 253, avec Olivier Jamann.

1. Ce qui change pour ceux qui te surveillent

Le BNSSA est le diplôme de beaucoup de surveillants de baignade. Le texte qui le remplace par le SSA est sorti le 28 juillet, ses décrets d'application sont tombés en septembre, et le SSA est entré en activité au 1er octobre. Les premières formations démarrent en octobre et en novembre. Le premier conseil de Jean-François : ne pas céder à la panique.

Le secourisme monte d'un cran. Le PS1 ne suffit plus, le PS2 devient obligatoire. Jean-François nuance : le champ de compétences est plus large, mais le PS2 n'est pas une formation pensée pour le milieu aquatique. En piscine, on voit rarement un kitesurf ou un quad traverser le bassin.

L'ordre s'inverse. Avec le BNSSA, on préparait un examen, et tout se jouait le jour des épreuves. Avec le SSA, on devient d'abord secouriste PS1 et PS2, on valide une épreuve physique un peu moins exigeante qu'avant, et la formation vient ensuite. Jean-François aime le principe d'un examen à la fin, et regrette qu'il n'y en ait plus.

Le métier se professionnalise. C'est ce qu'il retient de positif : plus de reconnaissance pour la posture du sauveteur, peut-être un jour par les salaires, et une voie pour ceux que le sauvetage, le secourisme et la surveillance attirent davantage que l'enseignement ou l'aquagym.

2. Les trois risques que voit Jean-François

Le SSA ne reviendra pas en arrière. Ce qui reste ouvert, c'est la façon dont les piscines vont traverser le changement. Jean-François voit trois risques.

Perdre des surveillants. La formation sera plus longue, donc plus chère. Rien ne dit que les étudiants qui passaient le BNSSA pour un job d'été passeront le SSA. Et les titulaires actuels du BNSSA ne le restent pas à vie : ils doivent passer le PS2 et suivre une formation d'adaptation, et ils ont trois ans pour le faire. Sa première question, c'est le nombre de personnes qu'on risque de perdre en route.

Un écart dans les équipes. Les nouveaux diplômés, en SSA comme en BPJEPS AAN, seront tous titulaires du PS2. Pour que les équipes restent homogènes au moment d'intervenir, les maîtres-nageurs en poste qui ne l'ont pas encore auront à le passer.

L'apprenti qui ne peut pas surveiller. Le SSA ne sera pas obligatoire pour entrer en formation de maître-nageur. Un apprenti peut arriver chez son employeur trois mois avant le début de sa formation. Aujourd'hui, avec son BNSSA, il peut déjà surveiller. Demain, avec son seul PS2, il n'aura aucune compétence légale de surveillance ni d'intervention, jusqu'à la validation de ses premières épreuves en formation.

Ces risques se jouent loin de ta ligne d'eau, et pourtant ils finissent par s'y voir. Cet été encore, Jean-François a vu des piscines qui n'ont pas pu ouvrir faute de maître-nageur, et des plages qui ont dû réduire leurs périodes de surveillance. Il s'inquiète aussi pour les associations de sécurité civile, qui forment au secourisme : elles vont avoir une masse de travail énorme sur les trois ans qui viennent.

3. La théorie à distance, la majorité du temps dans l'eau

Jean-François a rencontré des gens qui voulaient devenir maître-nageur et qui ont laissé tomber : l'organisme de formation le plus proche était à une heure et demie, parfois deux heures de route. Les défraiements ne couvrent jamais tout, et un employeur ne peut pas prendre en charge un tel volume de déplacements.

Sa réponse : la théorie à distance, et la majorité du temps sur le terrain, dans une piscine. Il est le premier à le dire, on ne peut pas former un maître-nageur uniquement derrière un ordinateur. Le lien se tient autrement :

Des petits groupes. Six à sept apprenants au maximum avec le même formateur toute l'année, pour les analyses vidéo et la préparation des séances.

Du temps seul à seul. Toutes les trois semaines, trente minutes en individuel avec le formateur, et entre deux, des conversations ouvertes avec lui ou avec le groupe.

Le maître d'apprentissage dans la boucle. L'apprenant, son formateur et son maître d'apprentissage se parlent régulièrement, tous les trois autour du même écran.

Le retour qui l'a convaincu vient d'un de ses formateurs, qui enseigne aussi en présentiel dans un autre organisme : il connaît beaucoup mieux les apprenants de la session Performeo, qu'il n'a jamais vus, que ceux qu'il voit tous les quinze jours.

J'ai appris la guitare comme ça, tout seul, en regardant des vidéos et en cherchant des informations. Pour ta nage, c'est pareil : comprendre, ça peut se faire ailleurs. Nager, ça se fait dans l'eau.

4. Un métier qui a du sens, à tout âge

La chaise du début, Jean-François la voit autrement. Une heure de surveillance, c'est souvent le moment de souffler entre un groupe d'apprentissage et un cours d'aquagym. Et quand un centre aéré arrive en plein été avec des structures gonflables, la surveillance demande une attention de chaque instant. On parle des accidents, parce qu'il y en a trop. On parle moins des millions de baigneurs qui ont profité de l'eau sans problème grâce aux maîtres-nageurs.

Sur une année, plus de 10 000 enfants apprennent à nager avec les apprentis de Performeo. Un seul maître-nageur apprend à nager à des centaines d'enfants par an.

Et son dernier message s'adresse peut-être à toi. Des gens de plus de 50 ans, parfois de plus de 60 ans, veulent entrer en formation et se disent que c'est pour les jeunes. Chacun a un profil et des atouts pour entrer dans ce métier, et la passion et l'envie suffisent pour commencer.

Si tu veux savoir sur quoi porter ton attention à ta prochaine séance, le diagnostic Swim Smart te situe dans un profil de nageur adulte en trois minutes : swimsmart.fr/diagnostic.