Dans l’épisode : Tu y entends pourquoi, après des années à me chronométrer comme nageur puis à chronométrer les autres comme entraîneur en club, j'ai changé d'avis sur le chrono.
« Un chrono, c'est un résultat et un résultat, ça ne se travaille pas. »
Tu sors de l'eau, tu regardes ta montre. Une minute cinquante sur le cent mètres, exactement comme en juin. Tu en conclus que tu n'avances plus. Sauf que ce temps additionne ta technique, ta nuit, ta concentration et le nombre de nageurs dans ta ligne, et tu peux le renager à l'identique dans trois mois en ayant énormément progressé entre les deux.
Le comptage des coups de bras ne regarde qu'une chose, ce qu'un seul mouvement te fait parcourir. Encore faut-il le passer de façon à pouvoir le refaire, savoir où regarder quand le nombre reste haut, et laisser au travail le temps de le faire bouger.
1. Passe le test pour pouvoir le refaire
Tu nages une longueur de crawl et tu comptes tes mouvements de bras, chaque entrée de main valant un. Main droite, un. Main gauche, deux. Main droite, trois. Ça prend une longueur et ça ne coûte rien.
Le comptage, c'est la partie simple. Ce qui demande de l'attention, c'est de le passer dans des conditions que tu sauras retrouver dans quelques semaines. Sinon ton deuxième chiffre ne se compare pas au premier.
Ta coulée, toujours la même. Tu peux faire une coulée de quinze mètres, ce n'est pas grave, tu testes alors ton efficacité sur les mètres qui restent. J'ai vu des nageurs faire vingt mouvements avec une petite coulée, puis dix-sept avec une coulée de quinze mètres, et croire qu'ils avaient progressé. Ils n'avaient rien sur quoi construire.
Une allure que tu sais retrouver. Le but n'est pas d'aller à fond. Si tu choisis le sprint, tu le refais en sprint à chaque fois, et tu mesures alors ton efficacité quand tu vas vite, ce qui a aussi son intérêt.
Une seule chose qui change. Entre deux tests, seule ta nage a le droit d'avoir bougé. C'est la condition pour savoir ce qui s'est amélioré.
Tu te retrouves avec un nombre. 35, 40, 50, peu importe. Il n'y a pas de bonne valeur à atteindre, c'est ton point de départ.
2. Quand ton chiffre reste haut, regarde tes appuis
Ton nombre ne dit pas que tu es nul, il ne dit pas que tu es fort. Il dit si ta nage est efficace. Et une nage efficace économise ton énergie et te laisse choisir le moment où tu accélères.
Si ton chiffre est haut, ou s'il ne baisse pas d'un test à l'autre, choisis un seul des trois éléments ci-dessous et observe-le pendant quelques longueurs, sans compter. Le nombre ne te dit pas lequel coince. C'est ce que tu ressens dans l'eau qui t'oriente.
Ta main trouve son appui. C'est la phase de recherche d'appui, juste avant la traction. Sens si ta main accroche quelque chose de solide avant de tirer, ou si elle part dans le vide.
Elle le garde jusqu'au bout. Beaucoup de nageurs créent leur appui puis le perdent en route. Repère à quel moment de ta traction l'eau semble filer sous ta paume.
Ton corps transmet la poussée. Tu prends appui sur de l'eau, une matière fuyante. Si tu n'es pas gainé et aligné, ton corps absorbe ce que ta main a pris et tu n'avances pas d'autant.
Un piège à connaître. Mettre plus d'intensité dans tes bras fait baisser le chiffre. Tu deviens plus efficace, mais ça te demande plus d'énergie et plus d'effort à l'épaule. En nageant, c'est un vrai arbitrage, appuyer fort ou nager longtemps, et c'est toi qui choisis. Pour le test, garde l'intensité de la fois précédente, sinon tu ne mesures plus la même chose.
3. Laisse quelques semaines avant de recompter
Si tu fais le test le lundi, ce n'est pas le mardi que ça va changer. Et ce n'est pas le test qui fait bouger le chiffre, c'est ce que tu fais entre deux tests.
Test, analyse, éducatifs, test. Tu comptes, tu choisis l'appui à travailler, tu glisses des éducatifs qui le visent dans tes séances. Puis tu recomptes.
Des semaines, pas des jours. Donne à ton travail un bloc de quelques semaines avant de refaire le test. En dessous, tu mesures surtout ta forme du jour.
Juge l'écart, jamais le chiffre. Passer de quarante mouvements à trente, c'est exactement le même travail que passer de vingt à dix.
Ton chiffre ne se compare qu'au tien. Moi je fais 1m92 et j'ai des années de natation, je n'aurai pas le même nombre que toi. Ta taille et la longueur de tes bras façonnent le tien.
Au test suivant, deux cas. Tu vas dans la bonne direction, tu continues. Tu vas dans la mauvaise, tu ajustes. Et si ton chrono monte pendant cette période, ce n'est pas un verdict : quand tu changes ta technique, ton cerveau y met tant de concentration que le reste se fait un peu moins bien pendant un temps.
À ta prochaine séance, nage une longueur de crawl avec ta coulée habituelle et une allure que tu sauras retrouver, en comptant chaque entrée de main. Ça a marché si tu as trois choses écrites en sortant de l'eau : le nombre, ton repère de coulée, ton allure. À la séance d'après, choisis un seul des trois appuis et observe-le sur quelques longueurs, sans compter.