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Épisode 172 • Interviews : Experts & Haut Niveau

Marc-Antoine Olivier, médaillé olympique
et ancien enfant qui détestait l'eau

Avec Marc-Antoine Olivier 26 novembre 2025 73 min Interviews : Experts & Haut Niveau
MO
L'invité de cet épisode

Marc-Antoine Olivier

Nageur d'eau libre, médaillé olympique à Rio

Plus de 40 médailles internationales, en Coupe du monde, aux championnats du monde, aux championnats d'Europe et aux Jeux olympiques, dont un podium à Rio. Il nage depuis ses 7 ans et il est ambassadeur des championnats d'Europe de Paris 2026.

Jeune papa, il vise les Jeux de Los Angeles en 2028 et vient de lancer sa chaîne YouTube pour faire connaître l'eau libre.

Dans l’épisode : Tu entends Marc-Antoine raconter son face-à-face avec un éléphant de mer en Nouvelle-Calédonie, et le souvenir qu'il veut laisser à sa fille depuis qu'il est papa.

« J'ai donné énormément pour ma discipline. J'essaie encore de la faire connaître, mais je prends tout en bonus. »Marc-Antoine Olivier

Petit, Marc-Antoine Olivier hurlait pendant les leçons de natation. Même la douche était un combat. En vacances dans le sud de la France, dans un parc aquatique, il marche au bord d'un bassin avec son frère. Ils se font bousculer tous les deux et tombent à l'eau. Ce qui aurait pu devenir un traumatisme devient un déclic. Il ressort accro.

Ensuite viennent des clubs qui ont su le laisser partir au bon moment, un 10 km nagé moins de quinze jours après la naissance prématurée de sa fille, et une chaîne YouTube lancée pour sortir l'eau libre de l'ombre. Avec, à chaque étape, ce qu'un nageur adulte peut en tirer pour sa propre nage.

1. D'un bassin détesté à une vie dans l'eau

Un détail compte dans son histoire : Marc-Antoine savait nager. Il détestait ça, c'est tout. Le jour de la chute, il découvre que nager, ce n'est pas si mal. Et il refuse d'en faire une méthode. Jeter un enfant à l'eau, d'après lui, crée plus de traumatismes qu'autre chose. Son déclic est un accident, pas un modèle.

Le deuxième tournant, ce sont ses clubs. Son club formateur aurait pu garder sa pépite. Son président a fait l'inverse. À 15 ans, quand Marc-Antoine veut s'entraîner plus que le club ne peut lui offrir, on le laisse partir. Plus tard, il rejoint Philippe Lucas. À chaque fois, il reste licencié dans son club d'origine, proche de ses racines. Sans eux, dit-il, il ne serait pas là aujourd'hui.

Savoir nager n'est pas aimer nager. Si tu fais tes longueurs à contrecœur, ton niveau n'est pas en cause. C'est ton rapport à l'eau qui reste à construire, et il peut basculer.

Cherche ton déclic sans le choc. Lui-même le dit, son accident aurait pu tourner dans l'autre sens. Pour toi, le déclic peut venir d'une sensation retrouvée, d'un lieu, d'une personne. Tu peux le provoquer en douceur.

Va chercher ce dont tu as besoin. Si ton créneau ou ton club ne te donne plus ce que tu cherches, tu peux en changer. Comme lui, tu peux partir sans couper les liens.

Il n'y a pas d'âge pour apprendre. Pour lui, savoir flotter et être en sécurité dans l'eau compte plus que savoir faire du vélo. Pas besoin de nager comme un champion pour commencer.

2. Un 10 km nagé sans être là

Sa fille était attendue début septembre. Elle naît le 4 juillet, par césarienne, et passe ses premiers jours en réanimation, en couveuse. Une heure de peau à peau par jour. Marc-Antoine renonce au stage d'acclimatation prévu avant les championnats du monde de Singapour. Le matin, il s'entraîne. La journée, il est à l'hôpital. L'après-midi, il nage dans un club de Nice, puis jusqu'à deux heures de route pour rentrer. La nuit, il cogite, le téléphone à portée de main.

Il arrive trois jours avant la compétition. Le 10 km tombe le premier jour. Il plonge, mais il n'est pas là. Il se colle trop près d'un concurrent, prend un coup de coude et fait un début de malaise. Le soir, sa compagne lui remet les idées en place : elle ne l'a pas laissé partir pour revenir sans rien. Il repart et décroche deux médailles de bronze, plus un beau relais.

Une séance écourtée compte quand même. Ses entraînements de cet été-là étaient réduits, loin de l'idéal. Sur une semaine chamboulée, une séance courte reste une séance.

Ne pas y aller peut être lucide. Cet automne, certains jours, il ne va pas à l'entraînement, parce qu'il sait que le risque de blessure est trop grand. Fatigué à ce point, tu peux faire le même choix.

Le départ suivant efface le précédent. Même dans une seule compétition, il y a toujours une clé pour refaire quelque chose de bien, dit-il. Après une séance ratée, prévois la suivante vite, avec un objectif simple.

Quelqu'un qui te rappelle pourquoi. Sans sa compagne, la soirée du 10 km aurait pu tout arrêter. Raconte ton objectif à quelqu'un qui saura te le rappeler.

Fin octobre, il finit 14e de la dernière étape de Coupe du monde, son plus mauvais classement, et 2e mondial au classement général. Pas d'excuse : il ne parle presque jamais de sa vie privée pour que personne n'y voie une justification. Il voit aussi régulièrement un psy, pour sa vie comme pour son sport, même quand tout va bien. Et il regarde son résultat en face : s'il est à cette place, c'est qu'il a travaillé comme ça.

3. Pourquoi il filme l'eau libre en format long

Sur Instagram et TikTok, tout va très vite. YouTube laisse le temps d'expliquer. Marc-Antoine démarre avec des vidéos de 5 à 6 minutes et veut aller vers 30. La première raconte de l'intérieur sa finale de Coupe du monde 2025, la deuxième ses interclubs. L'idée vient de son vidéaste, ancien nageur de haut niveau, qui lui propose un format plus long que les réseaux. Viendront ensuite le parcours, la chambre d'appel, tout ce qu'on ne voit jamais d'un milieu très fermé.

Son constat est simple : un 10 km mal filmé et mal expliqué, c'est deux heures à voir des nageurs à peine visibles. Il prend l'exemple de la Formule 1, qu'il ne regardait pas avant qu'une série en raconte les coulisses. Pour lui, c'est un investissement de départ, comme on crée une société. Partenaire d'EDF depuis 2017, il s'engage aussi sur l'apprentissage de la natation, et rappelle qu'à Marseille plus de 80 % des enfants qui entrent en sixième ne savent pas nager. Pour suivre l'épreuve qu'il préfère, le knock-out, voici comment elle se lit.

Trois manches, de plus en plus courtes. Un 1 500 m en deux groupes de 20, les 10 premiers de chaque groupe passent. Dix minutes sur une chaise, puis un 1 000 m, et les 10 meilleurs repartent après cinq minutes sur un 500 m final.

Sur le 1 500, économiser sans se piéger. Il se place aux avant-postes pour garder du mou et récupérer avant le 1 000, sans jamais risquer de sortir des dix premiers.

Le 1 000 presque à fond, le 500 tout dehors. Sur le 1 000, tout le monde veut la finale. Sur le 500, il ne réfléchit plus et donne ce qui lui reste.

Cette logique se transpose à ta séance. Avant chaque bloc, tu peux décider s'il sert à économiser ou à pousser, puis t'y tenir. Tu nages avec une intention, pas au hasard de ta forme.

4. Progresser et oser l'eau libre sans t'user

Son grand cap, ce sont les Jeux de Los Angeles en 2028. Avant, les championnats d'Europe de Paris en 2026, puis les championnats du monde qualificatifs. Trois années qui montent crescendo, avec des objectifs à court et moyen terme pour ne pas se lasser. Il ajoute une qualité à travailler par période, en citant, à titre d'exemple, six mois sur la fréquence puis deux mois sur le sprint. À 29 ans, il dit qu'il apprend encore, et qu'il prend des idées chez les autres avant de faire le tri avec son staff.

Pour les adultes qui passent du bassin à l'eau libre et que ça stresse, il donne des repères simples.

Jamais seul. En groupe, on a moins peur. Même à son niveau, il évite de nager seul en pleine mer. Pars au moins à deux ou trois.

Laisse les films à l'écran. Il nage une vingtaine de courses par an en milieu naturel et n'a jamais vu d'accident. Les requins de cinéma, c'est de la science-fiction.

Tu es chez quelqu'un d'autre. Le milieu naturel n'est pas le nôtre. Respecte ses règles comme chez un hôte, et tout se passe bien.

Un rendez-vous proche pour tenir. Quatre ans, ce n'est pas si long quand il y a des étapes avant. Place une échéance rapprochée sur la route de ton grand objectif.

À ta prochaine séance
Choisis une qualité et un rendez-vous proche

Avant ta prochaine séance, écris une seule qualité à travailler ces prochaines semaines, comme Marc-Antoine avec sa fréquence, et une date proche où tu feras le point. Dans l'eau, décide pour chaque série si elle économise ou si elle pousse cette qualité. Ça a marché si tu sors en sachant ce que tu as travaillé, pas seulement combien de longueurs tu as faites.

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