Dans l’épisode : Tu y entends Alizé raconter sa blessure de l'intérieur : le déni du début, les dossards qu'elle a dû supprimer, puis le retour de l'intensité avec son club.
« Je pense que tout sportif se doit d'être blessé, parce que ça permet de voir les choses autrement. »Alizé
« Je ne peux pas nager tant que ça fait mal, donc j'arrête tout. » Alizé, traileuse, a tenté cette voie pendant sa tendinite. Dix jours d'arrêt complet, pas un de plus, tellement c'était dur moralement. Une douleur qui ne passe pas, tu la fais d'abord examiner par un professionnel de santé. Il fait l'état des lieux de ton corps, et ta reprise dans l'eau part de là.
Une fois cet état des lieux fait, voici une trame pour tes séances de reprise. Une intention écrite, un repère d'allure pris dans ta respiration, ta douleur notée à trois moments, et deux curseurs que tu bouges l'un après l'autre.
1. Écrire pourquoi tu viens, puis écouter ton souffle
En reprise, le plus dur, c'est de juger ton allure. Tu te sens bien, tu allonges, tu accélères sans t'en rendre compte. Ton garde-fou tient en une phrase, écrite avant la séance, au vestiaire ou dans ton téléphone. Par exemple, je viens remettre du volume tranquillement, sans me fatiguer. Avec cette phrase en tête, nager lentement n'est plus une défaite. C'est le plan.
Pour vérifier ton allure pendant que tu nages, Alizé donne un repère de coureuse. Tant que tu peux parler ou chanter, c'est bon. Dès que tu dois reprendre de grandes inspirations, tu vas trop vite. Dans l'eau, ton équivalent, c'est ton rythme de respiration habituel.
Repère ton rythme du jour. Sur les premières longueurs, très souples, compte tous les combien de mouvements de bras tu respires sans y penser. Par exemple tous les trois temps en crawl. C'est ta référence pour la séance.
Ton rythme tient. Tu nages sans être obligé de respirer plus souvent, et tes expirations restent longues et calmes. Ton allure colle à une séance de reprise.
Tu raccourcis tes cycles. Tu passes de trois temps à deux sans l'avoir décidé, ou tu sors la tête pressé de reprendre de l'air. Tu vas trop vite pour ce que tu es venu faire, alors tu ralentis dans la longueur même.
Une seule intention. Remettre du volume ou retrouver des sensations. Si tu en écris trois, tu n'en tiens aucune.
En brasse, tu respires à chaque cycle. Ton repère devient alors la longueur de ton expiration : quand elle se raccourcit, tu lèves le pied.
2. Noter ta douleur à trois moments
Alizé a gardé le vélo pendant sa blessure pour une raison précise. Il ne déclenchait aucune douleur, ni pendant, ni après. C'est ce double critère que tu vérifies dans l'eau.
Elle avait surtout mal à froid, une fois l'effort terminé. Ce que tu ressens en nageant ne raconte qu'une partie de l'histoire.
Pendant la séance. Tu repères si une gêne apparaît, et à quel moment. Au début, après un changement de nage, en fin de séance. Si elle s'installe, tu peux choisir d'écourter là.
Juste après, sous la douche. Ton corps est encore chaud. Tu notes ce qui reste ou ce qui vient d'apparaître.
À froid, le soir ou au réveil. C'est souvent là que le vrai signal arrive. Tu notes l'un des trois niveaux : rien, gêne légère, vraie douleur.
Une ligne par séance. Exemple de trace : 1 000 mètres, crawl souple, rythme de respiration tenu, rien pendant, gêne légère le soir, rien au réveil.
Au bout de quelques séances, ces lignes dessinent une tendance. C'est elle qui décide de la suite, pas ton envie du jour.
3. Deux curseurs, un seul que tu bouges
Entre l'arrêt complet et la reprise comme avant, il y a une voie du milieu. Réduire la charge, réduire le volume, garder du mouvement. Dans l'eau, tu as deux curseurs bien distincts. Le volume, c'est la quantité de ta séance, en mètres ou en minutes. L'intensité, c'est la vitesse à laquelle tu nages ces mètres.
Exemple : ta séance habituelle fait 1 500 mètres. Tu repars sur 1 000 mètres, tout en souplesse. Le volume baisse, l'intensité reste au plus bas.
Ta trace à froid grimpe. À la séance suivante, tu baisses le volume, par exemple de 1 000 à 800 mètres. L'intensité ne bouge pas.
Ta trace reste calme. Après plusieurs séances sans gêne à froid, tu remontes le volume par petites marches. L'intensité attend encore.
L'intensité revient en dernier. Alizé a d'abord supprimé toutes ses séances d'intensité et raccourci ses sorties. Elle n'en a remis qu'une fois la course reprise sans grosse douleur.
Jamais les deux ensemble. Si tu montes le volume et l'intensité la même semaine et que la douleur revient, tu ne sais plus lequel l'a réveillée.
Le piège, c'est de vouloir rattraper. Après une semaine sans courir, j'ai enchaîné un fractionné le samedi et une sortie longue le dimanche. Résultat, une douleur derrière le genou, et plusieurs jours sans pouvoir courir. Une séance manquée ne se rattrape pas en poussant les deux curseurs d'un coup. Ce n'est pas ton corps qui te lâche. C'est le dosage qui demande un réglage.
Avant d'entrer dans l'eau, écris pourquoi tu viens, par exemple remettre du volume sans te fatiguer. Nage en souplesse en gardant ton rythme de respiration habituel, et ralentis dès que tu respires plus souvent sans l'avoir décidé. Ça a marché si ce rythme a tenu toute la séance et que ta douleur reste calme le soir et au réveil.