Dans l’épisode : Tu entends Jérémy Stravius raconter les exercices déroutants de Fabrice Pellerin, son choix de renoncer à une demi-finale olympique pour le relais, et sa façon de reprendre l'entraînement aujourd'hui.
« Dans chaque nage, forcément dans chaque sport, tu vas pouvoir retranscrire quelque chose dans ta spécialité. »Jérémy Stravius
Tu finis ton échauffement. Quelqu'un sur ta ligne parle de dos ou de papillon, et ta réponse sort toute seule. Ça sert à rien, moi je veux nager le crawl. Jérémy Stravius, champion olympique, s'est mis aux quatre nages pendant la saison 2013 avec son entraîneur Michel Chrétien. Il raconte s'être qualifié aux championnats du monde sur 200 m 4 nages sans être brasseur, et il en a gardé une conviction : chaque nage rapporte quelque chose à ta spécialité.
Tu n'as pas à refaire toute ta séance. Un seul bloc de crawl change de nage, une phrase t'accompagne au mur, puis tu compares ton crawl juste après. Le bloc est chiffré, et il se raccourcit quand ta ligne déborde.
1. Le bloc de 300 mètres à copier
Le dos et l'hybride ne sont pas choisis au hasard. Pour Stravius, un bon crawleur touche souvent au papillon, et le dos partage beaucoup avec le crawl. La brasse, elle, reste à part : son moteur part des jambes.
Tu places le bloc après ton échauffement habituel. Ton corps est chaud, pas encore entamé. Tu nages chaque partie à une allure où tu respires sans te presser, et tu laisses le chrono de côté.
4 x 25 dos, 20 secondes au mur. Tu nages sur le dos, bras alternés, la nuque relâchée, les oreilles dans l'eau et le regard vers le plafond. Tu y retrouves la rotation et le battement du crawl, sous un autre angle.
4 x 25 hybride, 30 secondes au mur. Tu nages les bras en papillon et les jambes en battement de crawl. Tu découvres les deux bras qui reviennent ensemble, sans te lancer dans l'ondulation complète. Tu respires devant, quand ça vient.
2 x 50 crawl, 30 secondes au mur. Tu reprends ton crawl habituel, à la même allure qu'avant le bloc. C'est là que tu compares.
Si ton créneau est court ou si la ligne déborde, tu coupes tout en deux : 2 x 25 dos, 2 x 25 hybride, 1 x 50 crawl. Avec 150 mètres, tu as déjà un bloc.
2. La phrase à te dire avant de pousser du mur
Un éducatif nagé sans but devient une longueur de plus. Avec les nageurs que j'accompagne, je reviens toujours à la même règle : une intention quand tu poses l'exercice, de l'attention quand tu le nages.
Stravius faisait ce travail à chaque exercice donné par son entraîneur. Il se demandait pourquoi on le lui faisait faire, et quelle partie du corps travaillait. Au mur, tu te dis une phrase. Une seule. Tu la gardes jusqu'à l'autre bout.
Sur le dos. « Je reste aligné, de la tête aux pieds. » Sur le dos, cette ligne se sent dans tout le corps, et c'est elle que tu ramènes ensuite dans ton crawl.
Sur l'hybride. « Je sens mes deux mains appuyer en même temps. » En crawl, tes bras partent l'un après l'autre. Ici, tu sens l'appui des deux côtés à la fois.
Sur les 50 de crawl. « Je retrouve ce que je viens de sentir. » Tu cherches la ligne du dos ou l'appui de l'hybride dans ton crawl, sans forcer.
Quand l'attention décroche. Tu t'arrêtes au mur, tu redis la phrase et tu repars. Dans ce bloc, une longueur nagée en pilote automatique ne compte pas.
3. Adapter le bloc à ton bassin et à ta journée
Ce bloc n'est pas une recette à suivre ligne à ligne. Ça dépend de ce que tu sais faire, de ce que tu aimes faire et de ce que tu peux faire ce jour-là. Deux réglages couvrent la plupart des cas.
Si la ligne d'eau est chargée. Sur le dos, tu ne vois pas venir les nageurs devant toi. Tu peux garder l'hybride seul, en 8 x 25, et réserver le dos à un créneau plus calme.
Si l'hybride te coupe le souffle. Tu nages 15 mètres en hybride et tu finis la longueur en crawl. Le bloc reste le même, seule la dose change.
À ta prochaine séance, entre l'échauffement et le reste de ton crawl, tu nages le bloc dos, hybride, crawl, avec ta phrase au mur avant chaque départ. Ça a marché si, sur les 50 de crawl, tu reconnais une sensation venue du dos ou de l'hybride.