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Épisode 257 • Psychologie & Charge Mentale

Préparation ratée, 75 km quand même
ce que j'en retiens un an après

16 septembre 2026 32 min Psychologie & Charge Mentale

Dans l’épisode : Les huit enregistrements bruts de la journée : ma voix qui change d'heure en heure, le vent, les bâtons des autres coureurs, et le moment où je perds le fil en pleine phrase.

« C'est jamais la prépa idéale qui t'amène sur la ligne de départ. La prépa qui t'amène sur la ligne de départ, c'est celle qui te donne envie de continuer. »

En juillet, j'ai couru trois fois. Trois sorties dans le mois, alors que mon plan en prévoyait le double chaque semaine, plus un renforcement que je n'ai jamais fait. Le 13 septembre, j'étais quand même sur la ligne de départ de l'Infernal Trail des Vosges. 75 kilomètres au lieu des 70 annoncés, 3 244 mètres de dénivelé, quatorze heures cinquante de course quand j'en espérais une dizaine.

Tu trouves ici les coulisses de ces neuf mois et de cette journée. Comment je relis une préparation qui n'a pas suivi le plan, comment j'ai géré l'effort sur une course où je n'avais aucun repère, ce que je fais quand le coup de mou tombe, et pourquoi je suis reparti du dernier ravitaillement alors que je n'en avais plus la force.

1. Le plan d'un côté, ma vraie année de l'autre

Tout part d'un bain, fin 2024. Chaque année, je me demande qui j'ai envie d'être dans un an. Cette fois, la réponse tient en deux mots. Plus calme. Je veux mieux maîtriser mes émotions, et je me dis qu'un projet sportif peut m'y aider. Je sors d'un marathon, je n'ai jamais couru en dénivelé. Ce sera le trail.

Le plan est propre. L'été doit être la saison des grosses sorties longues, des week-ends chargés, de la salle, des abdos, du gainage. Dans les faits, trois sorties en juillet, et des séances de renforcement qui se comptent sur les doigts d'une main. Le temps et l'énergie sont partis ailleurs : faire grandir Swim Smart, lancer Swim Smart Premium, tenir un boulot alimentaire. Et aussi des barbecues, des raclettes, des moments avec mes amis et ma famille. Quelques kilos en plus que prévu, c'est vrai. Ce n'était pas une prépa ratée, c'était une prépa qui avait vécu ma vraie année.

Demande-toi pourquoi. Devant chaque séance pas faite, cherche la raison au lieu de culpabiliser. Chez moi, la réponse était presque toujours un autre projet qui comptait autant.

Range ce que tu as gagné. Les soirées avec tes proches ont aussi un poids. Si j'avais été intransigeant là-dessus, je ne suis pas sûr que je serais allé au bout des neuf mois.

Juge la prépa à l'envie. La bonne question n'est pas de savoir si tu as tout coché. C'est de savoir si tu as encore envie d'aller au départ.

Le jour J, j'étais content, confiant, fier. Atteindre la ligne d'arrivée, c'est une autre histoire. La ligne de départ, c'est déjà le plus dur, et elle mérite qu'on se félicite.

2. Partir dernier et respirer par le nez

Sur mon premier marathon, je suis parti comme une balle. J'ai eu du mal ensuite, et je pense que ça m'a coûté mon objectif de temps. Sur l'Infernal, j'avais un plan de course, et il tenait en peu de choses. Mon objectif n'était pas un chrono. C'était de passer une bonne journée à faire du sport et d'aller chercher mes limites.

La même logique valait pour toute la préparation. J'ai commencé en décembre avec deux entraînements par semaine. Si j'avais démarré à quatre, avec du renforcement en plus, je n'aurais jamais tenu. Doser au départ, c'est ce qui garde de la marge pour la fin.

Se placer tout derrière. Je suis parti dernier, pour partir tranquille et pouvoir m'enregistrer. Ce n'était pas une grande stratégie, mais ça coupe l'envie de suivre le rythme des autres.

Alterner course et marche. Deux minutes de course, un peu de marche. Sur une journée entière, je préférais ce rythme à une allure tenue jusqu'à l'explosion.

Le nez comme plafond. Sur le plat et en descente, je m'obligeais à prendre l'air par le nez. Ça limite l'intensité que tu peux mettre, sans montre ni calcul.

Une limite de prudence datée. Je m'étais fixé cette règle jusqu'au deuxième ravitaillement, une fois passé l'essentiel du dénivelé. Ensuite, je courais aux sensations.

Il y avait aussi un choix que presque personne ne faisait autour de moi : partir sans bâtons. Un an après, je ne sais toujours pas si c'était stupide. J'en ai bavé, peut-être un peu plus qu'avec. Mais les bâtons m'auraient ajouté du travail et des frictions, et je suis content de ce choix. Un choix n'a pas besoin d'être le plus efficace pour être le bon. Il a besoin d'être le tien.

3. Au kilomètre 38, des mini mini pas

Kilomètre 38, sept heures vingt d'effort. La dernière côte a fait mal, aux cuisses, aux mollets. Le coup de mou était là. Ce n'était pas le premier de l'année : au printemps, après Metz-Nancy, j'ai passé des semaines sans aucune envie de courir, avec la peur que l'envie ne revienne jamais.

Dans ces moments-là, je ne regarde pas l'arrivée. Je cherche le plus petit pas qui m'amène dans la bonne direction. C'est ma façon d'accompagner tous mes projets, et dans un coup de mou, c'est l'outil parfait, parce qu'un mini pas, j'arrive toujours à le faire.

Choisir un repère visible. Je me disais d'aller jusqu'à l'arbre, là-bas. Pas jusqu'au ravitaillement, pas jusqu'à l'arrivée. Juste l'arbre.

Vérifier, puis relancer. Arrivé au repère, je me demandais si j'avais réussi, puis je choisissais le suivant. Le pas réussi redonne du jus pour le prochain.

Se rappeler pourquoi tu es là. Pas pour une perf, pas pour un chrono. Pour une bonne journée de sport. Revenir à cette raison m'a tenu dans la côte.

Ce n'est sans doute pas la méthode la plus rapide. C'est celle qui m'a amené au départ, et qui me laissait encore du plaisir après huit heures de course.

4. Le dernier ravitaillement et l'élastique du sac

Kilomètre 46, deux belles ampoules. Par message, je demande à mon équipe de préparer des pansements. Ils tiennent une dizaine de kilomètres. Au dernier ravitaillement, onze heures quarante de course, la nuit tombe. Je suis assis avec ma famille, je discute, je souris même. Je me lève pour refaire mon sac. Tirer sur un élastique. Ma main tremble, je n'y arrive pas, je recommence, je n'y arrive toujours pas. Et je m'effondre en larmes dans les bras de ma femme, avec de la fièvre et des tremblements.

Quelques minutes plus tard, je repars. Pas parce que j'étais prêt, parce que j'étais soutenu. Les cinq premiers des douze derniers kilomètres, je les fais en pleurant. Ma frontale n'a plus de batterie. Au pied de la dernière montée, je dis à Audrey que je n'ai pas envie de la faire. Elle me répond que je peux abandonner. Je lui dis que non.

Prévenir avant le ravito. Dire à ton équipe ce dont tu auras besoin, avant d'arriver, t'évite de chercher quand tu n'as plus la lucidité.

Distinguer élan et conseils. Ma famille me donne une force énorme, mais elle n'est pas du milieu. Pour mes premières tables rondes sur l'enseignement de la natation, trois jours après, j'ai demandé conseil à Vincent, d'EducaSwim, et à une communauté de podcasteurs.

Prévoir les jours d'après. Pendant trois jours, j'étais vide, physiquement et émotionnellement. Le lendemain, j'ai pleuré parce que je n'arrivais pas à lacer mes chaussures.

En réécoutant tout ça un an plus tard, un détail me frappe. De toute la journée, je ne parle jamais de ma prépa comme d'un échec. Le matin, elle n'a pas été idéale. L'après-midi, je me raccroche à ce que j'ai fait. Le soir, je me rappelle que neuf mois avant, je ne connaissais même pas le trail. Si ta saison de natation ne ressemble déjà plus à ce que tu avais prévu, c'est la même chose : ta séance par semaine compte, et la vraie question, c'est ce qu'elle garde encore en place.

À ta prochaine séance
Trouver ton plus petit pas de la semaine

Avant ta prochaine séance, regarde ce que tu avais prévu et ce que tu as fait, et écris pourquoi l'écart existe. Puis choisis une seule action, la plus simple possible, qui te rapproche de ton objectif, comme mettre ta séance sur ton planning. Ça a marché quand tu l'as faite et que tu as envie de choisir la suivante.

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